Début septembre, nous avons reçu Islah Jad, chercheuse à l’université de Birzeit connue pour ses travaux sur les mouvements de femmes et présidente de notre partenaire Bisan Center for Research and Development, engagé depuis 1989 auprès des communautés palestiniennes et des groupes marginalisés. Sa venue était l’occasion pour nous de lui arranger des entrevues médiatiques et politiques afin qu’elle puisse faire valoir son vécu et sa vision des événements en Cisjordanie. Dans une interview pour De Wereled Morgen, elle y décrit la violence quotidienne de la colonisation israélienne et rappelle que le génocide en cours à Gaza s’inscrit dans la continuité de décennies d’oppression systématique, de spoliation des terres et de colonisation.
850.000 colons en Cisjordanie occupée
La situation était déjà dramatique avant le 7 octobre 2023. Lors des accords d’Oslo, en 1993, on comptait quelque 120 000 colons en Cisjordanie ; ils seraient aujourd’hui environ 850 000.
Si le génocide à Gaza concentre l’attention, la Cisjordanie n’est pas épargnée : incendies de maisons, de voitures et terrains agricoles, attaques de colons armés, drones, tirs à balles réelles. Selon Islah, 118 petites communautés de bergers ou de bédouins ont été attaquées pour les récupérer de leurs terres. À l’université, les cours sont fortement perturbés, mais enseigner reste pour elle une manière de résister. Elle dénonce aussi le contraste entre les sanctions prises contre la Russie et la timidité des mesures visant Israël :
“Il est important d’imposer des sanctions contre l’exportation de produits provenant des colonies. Mais si l’on compare ces sanctions à celles qui ont été imposées à la Russie après l’invasion de l’Ukraine. À l’époque, plus de 11 000 sanctions avaient été prises à l’encontre de la Russie en seulement deux mois. Comparez cela à la très longue période d’oppression, d’injustice et de traitements inhumains subis par le peuple palestinien. Ces derniers temps, on entend certes davantage parler de « sanctions », mais uniquement à l’encontre des colons. »
Elle dénonce enfin la tentative de discréditer toute critique en la qualifiant d’antisémite. Son message : « Quand vous défendez les droits des Palestinien·nes, vous défendez vos propres droits, votre humanité, votre propre droit à la liberté d’expression. »