Le docteur Mazen est président de Health Work Committees (HWC), une organisation palestinienne de santé partenaire de Viva Salud. Mais à Ramallah, beaucoup le connaissent surtout comme « le médecin des pauvres ». Pendant des décennies, il a rendu les soins de santé accessibles aux personnes qui avaient des difficultés à payer une consultation ou des médicaments.
Son arrestation n’est donc pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une offensive plus large contre les professionnel·les de santé palestinien·nes et les organisations qui permettent aux communautés de tenir face à l’occupation israélienne.
Le médecin des pauvres
Mazen Rantisi a consacré une grande partie de sa vie à la santé des autres. Après ses études de médecine, il a notamment travaillé comme médecin à l’Université de Birzeit. Plus tard, il s’est rendu dans des villages autour de Ramallah où les infrastructures médicales étaient quasiment inexistantes.
Dans son cabinet aussi, la santé est toujours restée pour lui un droit avant d’être un privilège. Alors qu’une consultation pouvait coûter environ 100 shekels ailleurs, le docteur Mazen n’en demandait pendant des années qu’une fraction. Et celles et ceux qui n’avaient pas les moyens de payer ne devaient rien payer du tout.
Cet engagement de longue date lui a valu son surnom : « le médecin des pauvres ».
Arrêté à son domicile
Le 21 juin, tout a brutalement changé. Des troupes israéliennes ont fait irruption à son domicile à Ramallah et l’ont emmené.
Pour sa famille, cette arrestation a été un choc. Le docteur Mazen n’avait jamais été arrêté auparavant et était surtout connu pour son engagement médical et social.
Depuis, il est détenu dans des conditions particulièrement difficiles. Les visites familiales aux prisonniers palestiniens sont interdites depuis octobre 2023. Sa famille ne peut donc l’apercevoir que brièvement lors des audiences au tribunal.
Lors de l’une de ces audiences, Sylvia a constaté que son père avait beaucoup maigri. Selon elle, il ne reçoit pas régulièrement les médicaments nécessaires au traitement de plusieurs maladies chroniques.
Maltraitance, faim et négligence médicale
Par l’intermédiaire de son avocat, des témoignages sur les conditions de détention du docteur Mazen ont également été rendus publics.
Durant les trois premiers jours de sa détention, il n’aurait reçu aucune nourriture. D’après son témoignage, son premier repas se composait d’une tomate, d’un œuf à moitié cuit et d’un morceau de pain.
Il a également décrit les humiliations et mauvais traitements quotidiens infligés aux détenus. Les matelas sont retirés pendant la journée et rendus mouillés. Lors des comptages, les prisonniers doivent rester à genoux et menottés. Lors des fouilles des cellules, les détenus sont frappés.
La situation du médecin de 71 ans est si préoccupante que, selon sa fille, de jeunes prisonniers palestiniens tentent de le protéger avec leur propre corps lors de ces violences.
Une attaque contre le système de santé palestinien
Le docteur Mazen est poursuivi en raison de son rôle de président de Health Work Committees. HWC fournit des soins de santé à des milliers de Palestinien·nes, notamment dans des communautés isolées et vulnérables où l’occupation israélienne entrave fortement l’accès aux soins.
Depuis des années, l’organisation est prise pour cible par Israël. Cette répression s’inscrit dans une campagne plus large visant les organisations palestiniennes de la société civile et de défense des droits humains. En 2021, Israël a qualifié six importantes organisations palestiniennes d’« organisations terroristes ». En août 2022, leurs bureaux, ainsi que ceux de HWC, ont été perquisitionnés et placés sous scellés.
Les accusations israéliennes contre les ONG palestiniennes ont été largement contestées au niveau international. Des enquêtes européennes, notamment, n’ont pas trouvé suffisamment de preuves pour étayer ces accusations. Des organisations de défense des droits humains alertent sur le fait que ces mesures visent à affaiblir la société civile palestinienne.
L’arrestation du docteur Mazen montre jusqu’où s’étend cette répression. Elle ne touche pas seulement les militant·es politiques, mais aussi celles et ceux qui soutiennent leurs communautés à travers les soins de santé, la défense des droits humains et l’action sociale.
« Il donne de l’espoir aux gens »
Pour sa fille Sylvia, c’est précisément pour cette raison que son père est devenu une cible.
Des personnes comme le docteur Mazen permettent à la société palestinienne de continuer à fonctionner malgré l’occupation et la répression. Elles organisent les soins de santé, soutiennent celles et ceux qui sont laissé·es de côté et renforcent la solidarité au sein de leur communauté.
Selon Sylvia, c’est précisément pour cela que les personnes qui se mettent au service de leur communauté sont prises pour cible : parce qu’elles la rendent plus forte et plus résistante. Son père, dit-elle, est quelqu’un qui donne de l’espoir aux gens.
Son arrestation ne constitue donc pas seulement une attaque contre un médecin. C’est une attaque contre le droit des Palestinien·nes à s’organiser et contre leur droit à la santé.
Viva Salud se tient aux côtés du docteur Mazen Rantisi, de Health Work Committees et de tous·tes les professionnel·les de santé palestinien·nes qui continuent d’exercer leur métier dans des conditions toujours plus difficiles.
Nous exigeons la libération immédiate du docteur Mazen Rantisi et de tous·tes les professionnel·les de santé palestinien·nes détenu·es arbitrairement. Les professionnel·les de santé doivent être protégé·es, pas persécuté·es.
Soigner n’est pas un crime. La solidarité n’est pas un crime. Libérez le docteur Mazen.