Aux Philippines, la hausse brutale des prix du carburant a déclenché une mobilisation nationale des travailleurs des transports, révélant une crise profonde et bien plus large que celle du secteur. La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a accentué la volatilité des prix de l’énergie et fragilisé davantage les économies qui en sont dépendantes comme celle des Philippines.
En l’espace de quelques mois, le prix du diesel a plus que doublé, plaçant des milliers de conducteurs dans une situation intenable. Jeepneys, bus, motos-taxis ou chauffeurs via applications : l’ensemble du secteur est touché. Face à cette situation insoutenable, les organisations de chauffeurs dont le très puissant syndicat PISTON-KMU ont lancé une nouvelle grève nationale les 26 et 27 mars, élargissant la mobilisation à différents territoires et catégories de travailleurs.

Travailler sans gagner : une réalité quotidienne
Notre partenaire aux Philippines Gabriela relaie notamment l’histoire de Tatay Arnel, chauffeur de jeepney, qui explique qu’une fois le carburant payé et les frais journaliers couverts, il ne lui reste parfois moins d’un euro par jour pour subvenir aux besoins de sa famille. Cette réalité n’est pas isolée : de nombreux conducteurs se retrouvent à travailler une journée entière pour un revenu quasi nul, voire parfois négatif. Pour Gabriela, la crise se vit au quotidien dans les familles et il y a un impact direct de la hausse des prix sur les revenus des ménages.
Les effets de la hausse des carburants dépassent largement le secteur des transports. L’augmentation des coûts de production et de transport se répercute sur les prix des biens de première nécessité, aggravant encore la pression sur les ménages. Les agriculteurs, déjà très vulnérables dans la société philippine, voient leurs revenus diminuer, tandis que les perspectives économiques globales se détériorent.
Dans ce contexte, les partenaires de Viva Salud alertent sur une dynamique inquiétante : une crise énergétique qui se transforme en crise sociale majeure, exacerbant les inégalités et fragilisant les systèmes de subsistance.
Malgré l’ampleur du mouvement, les autorités n’ont proposé que des mesures limitées et temporaires. Une aide ponctuelle a été versée à certains conducteurs, mais celle-ci ne couvre qu’une fraction des coûts réels engendrés par la hausse des carburants.
Une mobilisation ancrée dans une lutte plus large
Face à cette crise, les organisations mobilisées ne se contentent pas de réponses ponctuelles. Elles portent des revendications structurelles visant à transformer en profondeur le système actuel, comme par exemple :
- une baisse immédiate du prix du carburant
- la suppression des taxes sur les produits pétroliers
- une augmentation significative du salaire minimum vers un salaire vital
- un soutien aux revendications tarifaires des conducteurs
- la remise en question de la dérégulation du secteur pétrolier
Ces demandes traduisent une volonté du mouvement social de s’attaquer aux causes profondes de la crise, et non seulement à ses symptômes.
Pour notre partenaire Karapatan, cette absence de réponse structurelle constitue « une atteinte aux droits économiques des travailleurs ». Karapatan souligne que les grévistes ne font qu’exercer leur droit de protester face à une situation devenue objectivement insoutenable. Elle insiste également sur la responsabilité des dynamiques internationales dans l’aggravation des conditions de vie aux Philippines de manière bien plus large.
Pour les partenaires de Viva Salud, la mobilisation actuelle dépasse largement le secteur des transports. Elle s’inscrit dans une lutte plus large pour la justice sociale, économique et politique, dans un contexte où les crises internationales viennent aggraver des inégalités déjà profondément ancrées.