Israël, leader mondial de la vaccination (et de l’apartheid) | Viva Salud

Israël, leader mondial de la vaccination (et de l’apartheid)

Volunteers raising awareness against covid in Gaza

Début février, plus d’un quart de la population israélienne avait déjà reçu les deux doses du vaccin contre le coronavirus. Mais dans les territoires occupés, des millions de Palestiniens en sont exclus. Une fois de plus, ils sont traités comme des citoyens de second rang.

« Comment Israël est devenu le leader mondial de la vaccination », titrait De Morgen. Aucun autre pays n’a été aussi vite pour avancer dans la vaccination de sa population. Si tout se passe comme prévu, tous les citoyens israéliens auront reçu au moins une injection à la mi-avril. Mais qu’en est-il du peuple palestinien, qui vit sous l’occupation israélienne illégale depuis des décennies ?

« Ils nous volent notre santé »

Alors que 750 000  colons israéliens de Cisjordanie reçoivent une injection, les Palestiniens ne peuvent que regarder. Eux, ils ne reçoivent pas de vaccin. Tant à Gaza qu’en Cisjordanie, ils sont totalement exclus de la campagne de vaccination. Ils dépendent du programme Covax de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Celui-ci est très imparfait. Son budget est ridicule et les premières vaccinations ne commenceront probablement qu’après l’été.

« C’est la pire forme d’apartheid, cela n’existait même pas en Afrique du Sud, déclare Mustapha Barghouti, médecin palestinien et coordinateur de l’équipe Covid. Dans les prisons, tous les gardiens et les prisonniers israéliens sont vaccinés mais pas les prisonniers palestiniens. Dans une ville de Cisjordanie, les colons illégaux sont vaccinés mais pas les habitants des villes et des communautés palestiniennes voisines. Ils ne nous volent pas seulement nos terres, nos revenus et notre économie, maintenant, ils nous volent même notre santé. »

Apartheid médical et occupation militaire

En refusant les vaccins aux Palestiniens des territoires occupés, Israël montre une fois de plus son vrai visage. Selon la plus grande organisation israélienne de défense des droits de l’homme, B’Tselem : « Il n’y a pas un seul centimètre carré dans la zone sous contrôle israélien où un Palestinien et un Juif soient égaux. » Israël n’est pas une démocratie, mais un régime qui place un groupe de population au-dessus d’un autre. Les conséquences dans la vie quotidienne des Palestiniens sont énormes.

En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne est responsable de 38 % du territoire occupé. Le reste est sous contrôle israélien.Les Palestiniens ne peuvent par exemple pas voyager simplement d’un point A à un point B, ils ont souvent besoin pour cela d’une autorisation de l’armée israélienne. En outre, les plus de 600 points de contrôle militaires font de la Cisjordanie un labyrinthe impénétrable. Les colons israéliens n’ont pas à s’en inquiéter. Ils ont leurs propres routes, qui sont interdites aux Palestiniens.

Le système d’apartheid et l’occupation sont les principaux obstacles qui empêchent les Palestiniens de consulter un médecin ou d’être soignés dans un hôpital. Une Palestinienne atteinte d’un cancer du sein ne sait absolument pas si elle recevra la chimiothérapie qui pourrait lui sauver la vie. Souvent, les ambulances ne sont pas autorisées à passer aux points de contrôle et des patients ne survivent pas au trajet. En 2018, une fillette palestinienne de 9 ans est décédée sur le chemin de l’hôpital. L’ambulance avait été retenue par des soldats israéliens pendant une heure et demie.

Un système de santé détruit

Les soins de santé palestiniens ont été délibérément négligés pendant des décennies. Ils sont totalement dépendants des décisions des forces d’occupation israéliennes. L’Autorité palestinienne ne peut pas construire de nouveaux hôpitaux sans l’autorisation d’Israël. Au début de la crise du coronavirus, Israël confisquait encore les tentes qui servaient d’hôpital d’urgence pour les malades palestiniens du Covid-19.

Dans la bande de Gaza, la situation est dramatique : 2,2 millions de Palestiniens vivent dans des prisons à ciel ouvert, alors que le coronavirus continue de se répandre. En raison du blocus israélien, les masques, les respirateurs et les médicaments ne sont disponibles qu’en quantité limitée.

Le système de santé de Gaza a été partiellement détruit par les opérations militaires qu’Israël y mène régulièrement. En 2014, l’armée israélienne a bombardé un hôpital de 80 lits. En août 2020, elle a cessé de fournir du carburant à la seule centrale électrique de la bande de Gaza. Il y avait à peine 4 heures d’électricité par jour. Certains centres de santé ont dû fermer leurs portes et n’ont plus pu soigner leurs patients.

Répandre l’amour, pas le virus

Selon Israël, l’Autorité palestinienne est responsable des soins de santé dans les territoires palestiniens occupés. Mais selon la Convention de Genève, c’est Israël, en tant que puissance occupante, qui a le devoir de garantir les services de santé dans les territoires occupés, même si une maladie infectieuse se déclare. C’est donc Israël qui doit vacciner les Palestiniens dans les territoires occupés.

Heureusement, les Palestiniens ne se laissent pas faire. Dans les territoires occupés, les citoyens et les organisations de santé prennent les choses en main. C’est le cas de la Union of Health Work Committees, une organisation partenaire de l’ONG belge Viva Salud. Elle organise l’aide alimentaire, distribue des masques, passe chez les personnes vulnérables et met en place des campagnes d’information sur le coronavirus à destination de la population. Il s’agit d’un maillon essentiel dans la lutte contre la pandémie et contre l’occupation israélienne.

Article de Jasper Thys, paru dans le magazine Solidaire (mars-avril 2021)